Publié en janvier 2007
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Thème : La coopération euro-méditéranéenne
En novembre 1995, l’Union européenne et dix pays des rives africaine et asiatique de la Méditerranée s’engageaient dans le processus de Barcelone avec pour ambition de transformer cette région hautement symbolique en un espace de libre-échange pacifié, prospère et stable. Depuis cet évènement qui insuffla une bouffée d’enthousiasme aux relations euro-méditerannéennes, le processus "Euromed" s’est fait discret, voir effacé... Plus de onze ans plus tard, qu’est-il advenu de la politique de l’UE envers ses voisins ?
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Lors du lancement du processus de Barcelone en 1995, l’accord avait suscité le grand espoir de construire un avenir commun. Malgré les critiques, il fallait retenir que pour la première fois, l’Union européenne mettait en place une vraie stratégie en Méditerranée. L’Europe s’occupait enfin de sa banlieue sud en créant un cadre relativement précis. Mieux encore, le processus de Barcelone définissait des échéances, l’horizon 2010, qui devait voir enfin le vrai décollage économique des pays riverains de la Méditerranée. Le remodelage géostratégique de la région devait aussi mettre un terme à l’isolement de certains pays.
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Développement
Processus de Barcelone et les ONG : les rendez-vous manqués
Mis à part le rôle accessoire de la société civile qui a été inclus en catastrophe dans le programme final, il était difficile de ne pas souscrire à un projet aussi généreux qu’ambitieux. Qui pouvait en effet se déclarer sérieusement opposé à la création d’un espace de paix et de prospérité partagée dans cette Méditerranée dont l’histoire récente était jalonnée de souffrances et de drames ?
On parlait alors d’un vrai partenariat avec les pays du Sud et d’une réelle ambition de construire ensemble un espace de dialogue. En 2005, le dixième anniversaire du processus de Barcelone a été célébré sans faste. Nombre de chefs d’Etat de la rive sud n’avaient pas daigné se déplacer à Barcelone. Il faut dire qu’au regard du bilan, il n’y a pas de quoi pavoiser.
Le fossé économique n’a jamais été aussi grand entre les deux rives de la Méditerranée. Les disparités des revenus entre deux pays voisins sont parmi les plus élevées au monde – le rapport est de un à douze entre le Maroc et l’Espagne – et les inégalités sociales ne cessent de croître entre les pays européens, y compris les nouveaux pays entrants et les autres pays de la rive sud.
Tous les sacrifices imposés aux pays du Sud dans le cadre du processus de Barcelone n’ont pas été compensés par les résultats obtenus. L’ouverture des marchés, la suppression des barrières douanières et la privatisation n’ont pas produit les effets attendus.
Les programmes de soutien de l’Union européenne qui devaient déclencher les effets de leviers sur les investissements privés nationaux et internationaux n’ont pas atteint leurs objectifs. Force est de constater que l’aide publique n’a pas été suivie par l’investissement privé et que la zone est toujours peu attractive. Elle attire seulement 3% des investissements directs étrangers et 2% des investissements réalisés par les pays de l’UE à l’étranger. Le montant total des investissements directs étrangers pour les dix pays de la zone Euromed équivaudrait en 2003 à leur niveau de 1990. Quant aux relations commerciales, elles demeurent plus que jamais inégales. Les échanges de l’UE avec les pays méditerranéens n’atteignent que 7% tandis qu’à l’inverse le taux est de 50%. Les déficits commerciaux des pays du Sud avec l’UE ne cessent d’augmenter.
Autre grand objectif absent au rendez-vous, celui du développement des échanges économiques entre les pays du Sud. En 1995, ils étaient de 4.4% alors qu’ils sont tout juste de 5% en 2003. Autant dire que ces échanges, pourtant si déterminants dans l’intégration régionale, sont encore marginaux.
Les raisons de l’échec relatif du processus de Barcelone sont bien évidemment multiples. L’une des plus souvent évoquées mais aussi la plus évidente est que l’UE n’a pas mobilisé les moyens nécessaires pour atteindre ses objectifs. La priorité, et ce n’est un secret pour personne a été accordé aux pays de l’Est. En 2003 par exemple, l’UE accordait 545€ par habitant aux pays entrants et n’en distribuait que 14€ aux pays de la zone Euromed.
Il n’est pas question de dresser ici le catalogue des causes qui ont conduit à cette situation ni d’ignorer que l’UE reste malgré tout l’un des principaux bailleurs de la zone Euromed. Mais dans le domaine de la politique de l’UE à l’égard des acteurs de la coopération en Méditerranée, il est difficile de faire l’impasse sur les errements de Bruxelles. Dans des zones complexes et soumises à de fortes tensions permanentes, l’UE a opposé une conception unilatérale basée sur une idéologie qui s’inspire peu de la réalité du terrain.
Le dogme du libéralisme accéléré induit la mise en place de dispositifs de coopération particuliers peu adaptés aux spécificités méditerranéennes. Les « négociations » se mènent principalement avec les Etats sur des préoccupations essentiellement définies par les pays du Nord. A ce jour d’ailleurs, il n’y a pratiquement aucun dossier de partenariat élaboré en commun par les pays de la rive sud de la Méditerranée. La principale faille de ces dispositifs réside dans une approche qui est faite exclusivement par le haut, à savoir que les potentialités et les besoins locaux sont rarement pris en compte. Parler aujourd’hui de développement des pays du Sud sans aborder les questions liées au développement local, autrement dit du rôle des principaux acteurs qui animent le développement des territoires est tout simplement un non sens.
L’expérience démontre que ces acteurs et parmi eux les ONG alignent des atouts innombrables et participent à moindre coût à la lutte contre la pauvreté. Les ONG interviennent bien souvent dans des zones ignorées des grandes institutions et des grands programmes internationaux. Leur travail sur le terrain est globalement efficace et grâce aux procédures de partenariat et de participation des populations qui se sont affinées, les résultats obtenus améliorent sensiblement le niveau de vie des populations, la démocratie locale. Dans les zones dont le degré de pauvreté atteint des sommets, l’intervention des ONG permet de fixer des populations qui ne rêvent que d’un improbable ailleurs. A cela nous pouvons encore ajouter une capacité de réactivité et d’ajustement incontestable.
Or, pour l’UE, la société civile n’est qu’un partenaire accessoire au point d’ailleurs qu’il avait failli être oublié dans les documents de préparation de la déclaration de Barcelone. Dans sa conception technocratique du processus Euromed, Bruxelles applique les mêmes recettes dans le domaine de la société civile : la construction par le haut. Ainsi, dans tout le remue-ménage qui est fait autours du dialogue des cultures, thème emblématique de la politique de l’UE, Bruxelles nous a gratifié d’une décision dont seuls sont capables de l’imaginer des esprits peu au fait de la situation en Méditerranée : la création d’une fondation dont la vocation est de favoriser les échanges intellectuels, culturels et les contacts entre acteurs de la société civile.
Face à la diversité des situations de chaque pays méditerranéen, à la complexité des relations entre les cultures y compris au sein même de chaque nation, à la faiblesse des échanges entre pays du Sud, aux tensions créer par des idéologies radicales et par la suspicion de néo-colonialisme, la construction par le haut ne peut conduire qu’à des dérives. La seule certitude de résultat est que cette démarche ne concernera que l’élite déjà convaincue.
Bien entendu, il serait trop facile d’accabler l’UE sans mettre en évidence l’absence de mobilisation des acteurs de la coopération dans le champ de la réflexion collective. On n’a guère vu ces dernières années la société civile présenter des propositions concrètes dans le domaine de la lutte contre la pauvreté et surtout capables d’être entendues par les responsables européens.
Et dans les années qui viennent, les enjeux dans la zone Euromed sont considérables. Selon les économistes, il faudra créer quelque 40 millions d’emplois pour les quinze prochaines années pour ne pas aggraver la situation et rendre intenables les flux migratoires.
Dans ce contexte aussi délicat, l’UE doit revoir sa copie et intégrer davantage la société civile dans son partenariat avec les pays du Sud. La priorité donnée à la politique sécuritaire et la lutte contre l’émigration clandestine ne peut être en aucun cas une solution aux problèmes des populations victimes de la mondialisation.
L’Europe a eu l’intelligence de créer le processus de Barcelone qui, incontestablement, a été une réelle avancée. Malgré ses défaillances, Barcelone a permis de créer un cadre de travail inégalé en terme de solidarité et d’appui au développement. La nouvelle politique de voisinage ne doit pas reproduire les erreurs du passé. Les Etats seuls ne pourront faire face aux grands défis auxquels sont confrontés les pays du sud.